Quelques mots sur la radio…

Jeudi 8 novembre, c’est la journée mondiale de la radiologie. L’occasion de faire le point sur les radiographies en orthopédie, notamment pédiatrique. Quels sont les risques et comment protège-t-on les patients, notamment les plus jeunes.? Le Dr Patrice Halimi, Chirurgien orthopédiste pédiatre, vous dit tout.

En tant que Chirurgien Orthopédiste Pédiatre, vous prescrivez beaucoup de radiographies. Des examens qui soumettent vos patients à des rayonnements. Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots ce que cela veut dire ?

Il faut déjà bien avoir en tête que l’effet des rayonnements dépend de l’importance de la dose. Nous sommes naturellement soumis à une certaine irradiation du fait du rayonnement cosmique et tellurique, du radon, des aliments, ainsi que par les eaux minérales. Cela représente environ les deux tiers de notre exposition totale. Pour le tiers restant, il provient des essais nucléaires atmosphériques, de l’industrie, des accidents comme Tchernobyl et de l’irradiation liée à la radiothérapie et aux examens médicaux. Sur ce dernier point, nous pouvons tenter de limiter la dose – sur les autres émissions radioactives, c’est tout de même plus compliqué !

Lorsqu’on fait une radio, on reçoit une forte dose ?

Non, les doses reçues par les patients lors d’examens radiologiques sont relativement faibles et n’ont jamais permis d’observer d’effets secondaires. Mais, on ne peut pour autant pas affirmer qu’aucun effet n’existe. Il faut donc en pratique adopter un principe de prudence et admettre que toute exposition présente un risque.

Comment limiter ce risque ?

Il faut essayer de réduire au plus bas niveau les doses administrées aux patients. En deux mots, les radios nous fournissent des informations irremplaçables qui nous permettent de mieux soigner nos patients, mais il ne faut pas faire comme si l’examen n’avait aucun impact ! On a parfois des mamans qui s’inquiètent car leur bébé est tombé du lit et qui nous réclament une radio. Mais, si le bébé va bien et qu’il ne présente aucun trouble à l’observation, il n’est absolument pas justifié de lui en faire une.

On l’a compris, mieux vaut éviter les rayonnements ionisants… Mais, quels sont les risques ?

Les irradiations peuvent entraîner des mutations génétiques et des cancers. Cependant, ces maladies sont difficiles à mettre en évidence, car elles apparaissent plusieurs années voire dizaine d’années après l’irradiation et ne se distinguent pas des affections naturelles. Une étude américaine a montré que chez des jeunes femmes suivies pour des scolioses pendant leur adolescence avait plus de chance d’avoir un cancer du sein à l’âge adulte.

Voilà de quoi inquiéter les parents ! Que peut-on faire pour réduire l’irradiation des jeunes scoliotiques ?

La bonne nouvelle c’est qu’il y a des solutions ! Je me préoccupe de ce problème depuis longtemps. En effet, je vois beaucoup d’enfants avec des scolioses. Pour les suivre, je leur fais passer au moins deux radios par an entre leur huitième et leur quinzième année. Mais, on sait que les doses s’accumulent… Pourtant, les actes radiologiques sont indispensables à l’établissement du diagnostic. Alors, j’ai cherché de quoi changer ma pratique.

Et vous avez trouvé ?

Absolument ! Lors d’un congrès médical, il y a quelques années, j’ai entendu parler d’un appareil permettant notamment le suivi de scoliose en réduisant considérablement l’irradiation : l’EOS. Et depuis 2017, j’ai la chance de pouvoir disposer d’un de ces appareils à la Clinique de l’Etoile pour le suivi de mes patients. A la place d’une radio, un cliché EOS, en plus d’être plus précis, permet de diviser par 45 la dose de rayons ionisants ! Un examen du rachis avec l’EOS équivaut au rayonnement d’une semaine de vie sur terre contre six mois pour une radio. C’est une nette avancée. L’EOS est vraiment très utile pour toute une partie de l’orthopédie : rachis et membres inférieurs. Mais si vous avez une fracture du poignet, il faudra quand même faire une radio. De plus, l’examen EOS est réalisé par un radiologue.

Pensez-vous que l’usage des rayonnements soient mieux gérés aujourd’hui qu’hier ?

Nous avons progressé dans notre façon d’appréhender le problème. On s’interroge un peu plus sur le temps long. On essaie d’évaluer le retentissement de ce qu’on fait maintenant sur les décennies à venir. Ce qui n’était pas le cas hier. Il me semble important qu’une jeune fille que je traite aujourd’hui pour une scoliose ne déclare pas demain un cancer du sein en raison des radios qu’elle aura passées.